Nos monuments
Mission d’information sur la gestion des monuments historiques
« Pendant six mois, j’ai travaillé sur l’avenir de nos monuments. » Auditions, déplacements et contributions écrites au sein de la commission de la culture, pour regarder en face les forces et les limites du cadre actuel.

- Rapport
- n° 865 (2025-2026), déposé le 7 juillet 2026
- Titre
- Faire du patrimoine monumental un levier de développement dans les territoires
- Rapporteures
- Nathalie Delattre, Else Joseph, Paulette Matray
- Vote
- 24 propositions adoptées à l’unanimité
Dans nos communes
Nos clochers, nos châteaux, nos églises de village
Ils font partie de qui nous sommes. Ce ne sont pas des décors : ce sont des repères, une mémoire commune, souvent le plus beau bâtiment de la commune.
De la grotte de Lascaux au château de Versailles… mais surtout des clochers et des châteaux de nos villages : le patrimoine monumental est d’abord une affaire de territoires ruraux et de petites communes.
immeubles protégés au titre des monuments historiques
situés en zone rurale
appartiennent à des communes, 44 % à des propriétaires privés
relèvent de l’architecture religieuse, 39 % de l’architecture domestique
Les alertes
Trois signaux d’alarme
- 1
La baisse des financements
Un effet de ciseaux : les besoins de restauration montent, les crédits publics reculent. Mécénat et financement participatif ne peuvent pas tout compenser.
- 2
Des monuments en péril
Près d’un quart des édifices évalués sont en mauvais état ou en péril : 6 527 en mauvais état, 1 789 en péril.
- 3
Le débat sur le Mont-Saint-Michel
Derrière ce site, c’est la solidarité entre les grandes locomotives touristiques et les monuments moins visités qui est en jeu.
En chiffres
Une urgence chiffrée et documentée
des 36 512 édifices évalués sont en mauvais état ou en péril
édifices en mauvais état
monuments en état de péril
La bonne nouvelle : entretenir régulièrement coûte bien moins cher que restaurer en urgence. C’est un choix de méthode et de priorité.
Effet de ciseaux
Les besoins de restauration montent. Les ressources publiques reculent. Entre les deux, des chantiers reportés, et des entreprises et des savoir-faire du patrimoine fragilisés.
Le mécénat n’est pas la solution miracle
Mécénat et financement participatif aident réellement, mais ne peuvent pas compenser à eux seuls la baisse des crédits publics.
Des fonds européens sous-utilisés
Faute d’information et d’ingénierie, la France mobilise trop peu les financements européens disponibles.
Un atout
Une charge ? Non : de l’argent qui revient
On parle du patrimoine comme d’un coût. C’est aussi un gisement de développement économique et social, et un moteur d’attractivité pour nos territoires.
de retombées du tourisme patrimonial chaque année
emplois ancrés dans les territoires, non délocalisables
jusqu’à 303 € de retombées pour 1 € investi (212 € au minimum), selon la Cour des comptes
le poids économique du secteur du patrimoine en 2023
Les propositions
Cinq axes, 24 propositions
Redonner au patrimoine sa place dans les politiques publiques
Le patrimoine reste un angle mort : un pilotage trop cloisonné à l’échelon central, et des crédits éclatés entre plusieurs ministères sans vision d’ensemble.
- Le patrimoine dans la Constitution. Faire de sa protection un principe de valeur constitutionnelle.
- Un ministère de plein exercice. Un ministère du patrimoine et du tourisme, pour assumer le lien entre les deux.
- Voir enfin tous les crédits. Un document de politique transversale dédié aux patrimoines, pour piloter des crédits aujourd’hui dispersés entre ministères.
Faire de l’usage le fondement de la protection
Protéger un édifice sans lui donner de fonction, c’est le condamner à lentement se dégrader. Un monument qui sert est un monument qui se conserve.
- Prioriser selon l’usage et l’état. Accorder protection et moyens en fonction de l’utilisation réelle de l’édifice, de son état sanitaire et de sa valeur propre.
- Rouvrir le dialogue sur les édifices cultuels. Avec l’État et la Conférence des évêques : élargissement des usages, désaffectation, accès payant pour la visite des édifices remarquables.
- Financer au regard de l’impact local. Tenir compte de l’effet social, touristique et économique du projet sur le territoire environnant.
- Des relais d’accès à la culture. Développer la fonction muséale des monuments, mobilier compris, partout dans les territoires.
Encourager les initiatives, publiques comme privées
Les porteurs de projet ne manquent pas d’idées : ils manquent d’ingénierie, d’interlocuteurs et de temps. 40 % des départements ne comptent qu’un seul architecte des Bâtiments de France.
- Un guichet unique. Un seul dépôt de dossier pour tous les dispositifs d’aide, fonds européens compris, et un portail recensant les soutiens disponibles.
- Deux ABF par département. Renforcer les CRMH et les Udap, en priorité dans les départements ruraux, et créer une conciliation devant le préfet en cas de litige.
- Des prêts, pas seulement des subventions. Pour les monuments à exploitation économique, avec un accompagnement technique et financier systématique.
- Lever les freins des propriétaires privés. Mécénat ciblé pour les monuments majeurs, défiscalisation élargie au logement, embauche simplifiée jusqu’à 10 salariés, groupements d’employeurs pour les métiers rares.
Un financement à la hauteur, et prévisible
On ne restaure pas une cathédrale avec un budget annuel remis en cause chaque automne. Le stop-and-go coûte plus cher qu’il ne fait économiser.
- Une loi de programmation sur 5 ans. Planifier de manière consolidée l’entretien et la restauration du parc monumental de l’État.
- Sanctuariser l’entretien. Des schémas pluriannuels chez tous les propriétaires publics, avec une part réservée à l’entretien : condition d’accès aux crédits.
- Une épargne fléchée vers le patrimoine. Un produit dédié ou un LDDS élargi, pour orienter l’épargne réglementée vers l’investissement patrimonial.
- Préserver la solidarité entre monuments. Au Mont-Saint-Michel, un partage de recettes pérenne pour garantir la péréquation portée par le Centre des monuments nationaux.
Rendre le patrimoine à ceux qui le font vivre
Journées du patrimoine, Loto du patrimoine, chantiers de bénévoles : l’attachement des Français est intact. Encore faut-il leur en donner les moyens.
- Sécuriser le bénévolat. Mieux intégrer les chantiers de bénévoles dans les modèles de gestion, avec un vrai accompagnement des DRAC.
- Former les élus municipaux. Réglementation, entretien, montage de projet : personne ne devrait découvrir tout cela seul après une élection.
- Des tarifs qui créent de la solidarité. Abonnements et billets jumelés pour faire découvrir les monuments de proximité, et tickets « mécène » pour ceux qui veulent donner un peu plus.
18 des 24 propositions sont présentées ici ; toutes sont détaillées dans le rapport.
Les usages
Un édifice qui vit est un édifice qui se conserve
L’usage d’un monument est la meilleure garantie de sa protection. Les possibilités sont bien plus larges que la seule visite touristique.
- Visite touristique
- Logements
- Salles communales
- Écoles de musique
- Tiers-lieux
- Résidences étudiantes
- Y compris les édifices religieux
Le rapport
Notre patrimoine n’est pas une rente éternelle.
Le préserver et le faire vivre, c’est agir maintenant.