Eau, pesticides, concurrence : un dialogue franc avec la FDSEA de Saône-et-Loire
Avant l’examen du projet de loi d’urgence pour la souveraineté agricole, Paulette Matray a rencontré la FDSEA. Sur l’eau, l’acétamipride et l’asymétrie des normes européennes : des désaccords assumés, mais aussi de vraies convergences.

Ce matin, j'ai rencontré les représentants locaux de la FDSEA de Saône-et-Loire, avant un après-midi de travail au Sénat sur le projet de loi d'urgence pour la souveraineté agricole. Je crois profondément à ce type d'échange : il me permet de défendre mes positions sans esquiver le débat, mais aussi de découvrir des points de convergence que je n'avais pas toujours anticipés.
Depuis que je suis sénatrice, je me suis fixé une règle simple : aucun dossier territorial ne se traite depuis Paris sans être d'abord confronté au réel, avec celles et ceux qui le vivent. Sur l'agriculture comme sur la carte scolaire ou la santé dans nos territoires ruraux, le dialogue n'est pas une posture, c'est une méthode.
L’eau, une ressource à partager
Sur l'eau, d'abord. La ressource sera limitée, et le dérèglement climatique ne va pas arranger les choses. Tout le monde en a désormais conscience, y compris dans le monde agricole, et c'est une bonne nouvelle pour la suite. Il est indispensable que les territoires se saisissent de ce sujet sans crainte ni tabou, plutôt que de le découvrir au moment des premières pénuries. Les assemblées de l'eau qui commencent à voir le jour ne sont qu'un point de départ : c'est ce type de gouvernance partagée, anticipatrice et locale, que je veux voir se généraliser, parce que c'est aussi de cette manière que l'on prépare nos communes rurales aux décennies qui viennent.
Les pesticides, sans caricature
Sur les pesticides, ensuite, alors que la loi Duplomb revient en débat. La droite sénatoriale souhaite la réintroduction de l'acétamipride, contre l'avis même du gouvernement. Sur ce sujet, je refuse les caricatures. Je ne pense pas que défendre la santé publique revienne à opposer les agriculteurs à leurs propres intérêts. C'est tout le contraire. À l'occasion de notre rencontre, nous avons justement évoqué ensemble ce dialogue indispensable avec les consommateurs : j'ai repris devant eux des propos qui m'avaient marquée, entendus lors d'une audition au Sénat, selon lesquels on expose trop souvent la population à ces sujets sans jamais lui demander son avis, et combien il était essentiel de savoir trouver des compromis. Ces mots ont trouvé un écho réel chez mes interlocuteurs.
La concurrence normative, clé d’un accord
Sur la concurrence normative, enfin, parce que c'est là, je crois, que se trouve la clé d'un accord possible avec la profession. La politique agricole commune repose sur un principe d'égalité de traitement, indispensable pour préserver nos filières. Sur l'acétamipride comme sur d'autres substances, l'interdiction doit se décider au niveau européen : nos filières nationales ne peuvent pas être placées en situation de concurrence déloyale par l'Union elle-même, qui imposerait à nos producteurs des règles que leurs concurrents européens n'auraient pas à respecter. C'est précisément ce point de convergence que j'ai retrouvé ce matin avec la FDSEA : on peut diverger sur le calendrier ou sur la méthode, et continuer de se parler quand on partage le même constat sur l'injustice d'une asymétrie normative.
Et derrière tout cela, un seul enjeu véritable, qui dépasse les clivages partisans : la juste rémunération de nos producteurs, et notre capacité collective à continuer de nourrir notre peuple à partir de notre propre sol.
C'est cet équilibre, entre exigence sanitaire et réalisme économique, entre écologie et souveraineté, que je continuerai de porter au Sénat.
Par Paulette Matray


