Dépense patrimoniale : une politique pilotée à l’aveugle
Aucun document ne rassemble la dépense publique en faveur des monuments historiques. En Bourgogne-Franche-Comté, 22 % des crédits viennent de fonds qui n’ont rien de patrimonial.

Combien la France consacre-t-elle, chaque année, à ses monuments historiques ? La vérité, c’est que personne ne le sait. Pas même l’État.
Cela paraît incroyable, et pourtant. Il n’existe aucun document qui rassemble la dépense publique en faveur du patrimoine.
Le budget de la culture, le fameux programme 175, n’en montre qu’un morceau.
Chaque ministère entretient ses monuments dans son coin, sans que personne n’ait la vue d’ensemble. Et une grande partie de l’argent transite par des fonds qui n’ont rien de patrimonial : DSIL, DSID, FNADT, fonds vert.
Chez nous, en Bourgogne-Franche-Comté, la Cour des comptes a montré que 22 % des crédits mobilisés pour les monuments venaient de ces dispositifs éparpillés.
Ajoutez-y 130 millions d’euros de dépense fiscale, mal mesurés eux aussi, et vous tenez le tableau : une politique pilotée à l’aveugle.
Un cloisonnement qui se paie sur le terrain
Ce cloisonnement, il se paie sur le terrain. Le patrimoine touche au tourisme, au logement, à l’écologie, à la vie de nos centres-bourgs.
Mais faute de coordination, les services de l’État se contredisent parfois : l’un encourage un projet, l’autre le bloque. Et pendant ce temps, des maires s’épuisent et finissent par renoncer.
Comment défendre sérieusement le patrimoine à l’heure du budget, si l’on ne sait même pas ce qu’on lui accorde ?
Un patrimoine qu’on ne voit pas, c’est un patrimoine qu’on sacrifie sans même s’en apercevoir.
Commençons par le regarder en face.
Photo : le temple de Janus, près d’Autun. Benjamin Smith, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Par Paulette Matray


