Planifier, mobiliser l’épargne, ajuster les tarifs : trois leviers pour financer le patrimoine
Pour sortir de l’urgence permanente, Paulette Matray propose une programmation sur cinq ans, une épargne fléchée vers le patrimoine et des tarifs plus justes pour les visiteurs venus de loin.

Pour sortir enfin de la gestion dans l’urgence, je propose trois leviers.
Planifier sur cinq ans, d’abord. Nous savons programmer nos armées ou nos grandes infrastructures sur plusieurs années. Pourquoi le patrimoine, lui, resterait-il suspendu au couperet de chaque automne budgétaire ?
Une quinzaine de grands chantiers sont déjà identifiés pour la décennie : donnons-leur un cap clair, plutôt que de les faire avancer par à-coups.
Mobiliser l’épargne, ensuite. Ce n’est pas une idée hors-sol : la Banque des Territoires a déjà engagé 250 millions d’euros sur cinq ans pour transformer des édifices patrimoniaux. C’est ainsi que deux pavillons classés de la place ducale de Charleville-Mézières sont devenus un boutique-hôtel, ou que les thermes de Luxeuil-les-Bains ont été réhabilités.
Le prêt fonctionne déjà ; une épargne fléchée vers le patrimoine viendrait démultiplier cette force de frappe.
Des tarifs plus justes, enfin. Plusieurs grands sites, comme Versailles ou Chambord, font déjà payer un peu plus les visiteurs venus du bout du monde qu’un habitant de la région.
C’est du bon sens : un touriste international qui traverse la planète peut contribuer davantage, et ce surplus peut aider à financer les petits édifices de nos villages, ceux qui n’attireront jamais les foules.
Prévoir, investir, partager : voilà comment on cesse de gérer notre patrimoine dans l’urgence permanente.
Photo : le château de Drée. Romainbehar, CC0, via Wikimedia Commons.
Par Paulette Matray


