Paulette Matray Sénatrice de Saône-et-Loire

PatrimoineÉlus locaux

Nos églises de village : leur redonner un usage pour les sauver

Neuf édifices religieux protégés sur dix appartiennent aux communes. Nouveaux usages, visite payante des sites les plus remarquables, déclassement de rares ruines : il est temps d’ouvrir le débat.

Le chevet roman de l’église Saint-Hilaire de Semur-en-Brionnais et son clocher octogonal

Dans nos villages, il y a un édifice que tout le monde connaît et dont presque plus personne ne pousse la porte : l’église.

Neuf édifices religieux protégés sur dix appartiennent aux communes. Avec le recul de la pratique et des budgets tendus, beaucoup se vident, puis s’abîment, faute d’une raison d’y consacrer des moyens. Pour les habitants, c’est un déchirement : ce clocher, c’est l’âme du village, souvent son plus beau bâtiment.

Alors, que faire ? Regarder ce qui marche ailleurs.

À Dijon, l’église du Parvis Saint-Jean est devenue un centre dramatique national. À Saint-Quentin, l’église Sainte-Thérèse accueille une école de cirque. Un édifice qui retrouve une fonction, c’est un édifice sauvé.

Le problème, c’est que ces réussites restent rarissimes : en un siècle, de 1905 à 2023, à peine 1 % des églises communales ont officiellement changé d’usage. Il faut donc rouvrir le dialogue, sereinement, avec l’État et l’Église.

Cela vaut aussi pour un sujet sensible : l’accès payant à la visite touristique des édifices les plus remarquables. Rappelons que c’est déjà possible, et déjà pratiqué : on paie pour visiter le trésor et les tours de Notre-Dame.

Il ne s’agit pas de faire payer la prière, mais de dégager des recettes pour sauver l’ensemble de notre patrimoine religieux, et de mieux canaliser des flux parfois immenses.

Oser parler du déclassement

Osons, enfin, un dernier tabou : celui du déclassement.

La valeur d’un monument n’est jamais figée. Pour quelques édifices ruinés et sans avenir possible, mieux vaut se poser franchement la question que de laisser le temps trancher à notre place.

Protéger, ce n’est pas mettre sous cloche. C’est faire vivre.

Photo : l’église Saint-Hilaire de Semur-en-Brionnais. Jan Sokol, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

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